Le 16 janvier 2008 a eu lieu un premier débrayage pour refuser les propositions de la Direction relative à la négociation annuelle obligatoire sur les salaires.
Le 5 février, après plusieurs débrayages, les 350 grévistes (sur 1 100 salariés) et l’intersyndicale Sud/Cgt, disent non à la dernière proposition d’accord salarial et revendiquent une augmentation générale uniforme pour tous. Bien que Sud et la Cgt soient majoritaires, Cftc, Fo, Cfe/Cgc et Cfdt signent l’accord.
Depuis cette date, chaque jour un mouvement de grèveest organisé de 7h à 10h. La forte mobilisation (plus de 50 % du personnel a participé aux débrayages), la détermination et la solidarité des grévistes ne faiblit pas.
Sps vit le conflit majeur des 20 dernières années.
A cela il y a plusieurs raisons. Tout d’abord les salariés ne supportent plus que des organisations syndicales minoritaires ne les respectent pas. Comment est-il possible qu’en période de conflit ces organisations syndicales fassent le jeu de la direction ? Ensuite sepose le problème du pouvoir d’achat. Il ne peut plus être ignoré à Sps comme ailleurs puisque les augmentations dictées par les Directions ne répondent pas aux justes attentes des salariés. Enfin la question de l’équité de la répartition des richesses est une nouvelle fois posée.
En effet, alors que Sps a remonté 13 M€ à la maison mère Safran, les miettes redistribuées aux salariés sont inacceptables. Pour couronner le tout, alors que la Direction de Sps dit ne pas pouvoir répondre aux attentes des grévistes sans mettre en péril la santé économique de l’entreprise, cette même Direction a su trouver plus de 500 000 € chaque année depuis trois ans pour distribuer des primes d’objectifs à 60 hauts cadres. Ces versements sont restés bien cachés mais le pot aux roses a été découvert par Sud en début 2007.
La direction refuse catégoriquement de reparler de politique salariale. Après 9 semaines de conflit, la direction propose une « Allocation Spécifique Transport Energie », dite Aste, d’un montant de 20 € pour tous (cadres et non-cadres).
Augmentation générale déguisée, cette Aste est acceptée dans son principe par les grévistes. Mais ces 20 € bruts par mois restent insuffisants. Comment accepter que d’un côté la direction ne sache pas faire mieux que 20 € pour 1 000 salariés quand de l’autre elle n’hésite pas à donner en moyenne 800 € par mois aux 60 hauts cadres !
Ce mouvement de grève est bien perçu par la plupart des salariés, y compris dans une partie de l’encadrement. Car il pose sans ambiguïté le problème du pouvoir d’achat et de l’équité dans la redistribution des richesses produites.
Sps vivait initialement sur les bases d’une culture « sociale » de l’entreprise développée sous l’ère de la Société Européenne de Propulsion (Sep).
Depuis l’absorption de Sep dans le groupe Snecma, puis la fusion avec Sagem pour devenir le groupe Safran, les valeurs qui faisaient la culture d’entreprise de cette société ont été bafouées par une équipe de dirigeants parachutés et ne raisonnant que sur des objectifs de rentabilité économique à court terme. Les médias ont fait largement écho de ce conflit.
Presse écrite locale mais aussi nationale et spécialisée, radio, télés. L’image de marque de Sps s’en trouve écornée et les clients qui voient les livraisons perturbées ou reportées s’inquiètent à juste raison.
Après 11 semaines de grève la Direction, disant vouloir sortir du conflit rapidement, refusait de réellement négocier. Incapable de trouver une issue au conflit par la voie de la négociation, elle choisit la voie judiciaire pour briser la grève. Le 1er avril elle engageait devant le Tgi de Bordeaux une procédure en référé d’heure à heure à l’encontre de 9 militants syndicaux (7 Sud et 2 Cgt). Le 2 avril, le vice-président du Tgi rendait son verdict. Les blocages des entrées de l’entreprise étaient considérés comme illicites et 4 des 9 militants convoqués dans les délais étaient condamnés sous astreinte de 1 000 € par infraction. Dans ces conditions et après 3 mois de grève, la fin du conflit devenait inéluctable.
Le 9 avril 2008 les délégués syndicaux, accompagnés par 250 salariés grévistes, ont signé le protocole de fin de grève : Aste à 25 € pour tous (cadres et non cadres), un jour de RTT supplémentaire et levée presque totale des sanctions disciplinaires, tel est le bilan final.
Au sein de l’entreprise, ce mouvement revendicatif gardera une place historique.
Si la grève est aujourd’hui terminée, le malaise demeure profond.
Du seul fait de l’attitude de la Direction, la situation risque de rester conflictuelle…